dimanche

River man - Nick Drake








Betty came by on her way
Said she had a word to say
About things today
And fallen leaves.

Said she hadn't heard the news
Hadn't had the time to choose
A way to lose
But she believes.

Going to see the river man
Going to tell him all I can
About the plan
For lilac time.

If he tells me all he knows
About the way his river flows
And all night shows
In summertime.

Betty said she prayed today
For the sky to blow away
Or maybe stay
She wasn't sure.

For when she thought of summer rain
Calling for her mind again
She lost the pain
And stayed for more.

Going to see the river man
Going to tell him all I can
About the ban
On feeling free.

If he tells me all he knows
About the way his river flows
I don't suppose
It's meant for me.

Oh, how they come and go
Oh, how they come and go.



Emily Dickinson, Nick Drake
 
 
 


 

samedi

Les sièges en bois trop clair de la gare de Narbonne



C'était une nuit comme tant d'autres, lourde, figée dans peu de couleurs.
Et les sièges en bois trop clair de la gare de Narbonne, en rang devant rien,
attendaient, vides de sens, que la poussière les remplissent.
21 grammes de silence.
Pesant.

Ce soir là (et cela importe),
à quatre-pattes sur le quai A, un homme cueillait des plumes de pigeons.
Des plumes grises, des plumes-parterre, le souvenir des pas perdus.
Juste quelques rêves égarés.
Sous les lampadaires mal plantés, ses espoirs avaient la gueule de petites fleurs qui traînent.
Des petites fleurs poussées, par le vent ou je ne sais quoi, à l'endroit où les trains et les oiseaux ne feront jamais que passer.
Un endroit un peu sombre aux abords immédiats de la vie,
où la nuit,
les pelures et les plumes ressemblent à des papillons.




mardi

Funérarium


C’est devant la porte trop lourde que la main hésite sur le geste. Contre l’inox froid de la poignée,
elle se crispe puis se relâche.
Elle s’arrête …....puis se crispe à nouveau, en même temps que tous les cœurs qui battent encore, en
alternance, contre mon dos.
Ne te retourne pas !
Parce que derrière, c’est les hommes face au désastre,
juste des yeux rougis pleins d’eau et de sel, posés sur des visages fragiles comme des morceaux de
sucre.
Ne te retourne pas... C’est la première larme qui libère toutes les autres.

Ensuite les choses se font seules. On entre, sans trop savoir comment.
La pièce est neutre mais les murs sont pleins de fantômes, et des rideaux tirés nous laissent croire
qu’il existe une fenêtre.
Une fenêtre dans un funérarium
Comme on écrit un mensonge avec les doigts, dans du ciment frais.

Bien-sûr on regarde partout, le coin du mur rouge, les fleurs sans couleur, le Jésus, les fleurs sans
odeur, le bénitier, mais surtout
On regarde vers la fenêtre qui n’existe pas.
Pourtant au milieu de la pièce il y a la mort, allongée et belle, apprêtée, apaisée sur un visage blanc.
Il y a la mort dans un corps. Le corps de celui que l’on a aimé
Forcément trop en sourdine...
Quelques mots du prêtre, des psaumes je crois.
Puis on tend le bâton pour bénir.
Je ne sais pas bénir.




dimanche

Bloody Mary (Marie en sang)


Je viens à toi cerné de noir, accroupissant la tige des tulipes
Et je me courbe, lentement moi aussi
Pour n'être plus sous tes pieds qu'un petit jour de printemps. Une saison écrasée.


 
« C'était une erreur de jeunesse » m'a-t-elle dit, reniant en quelques mots l'enfant à peine né dont elle ne voulait déjà plus. C'était une erreur de jeunesse... Alors, elle est partie.

Jamais, aucun être ne fut plus atrocement honnête avec moi, plus effroyablement humain, que la femme qui détruisit nos vies.



Souvent, on se figure mal à quel point les peaux mortes pèsent sur l'ensemble du corps.
Je m'en suis rendu compte un matin de mai. C'était un matin fait des crachats de la veille, un de ces matins où le sang monte à la tête. Évidence des blessures.
J'avais dormi sur un banc près d'un immeuble quelconque ; à l'endroit où l'odeur répond au silence, à l'endroit où les relents de pisse se mêlent des rêves profonds.
Seulement, je ne rêve plus.
Je passe mes nuits à caresser ton ventre rond, à l'embrasser, puis à baver du sang. Je ne rêve plus.
Et les petits matins naissent à la chaîne.



Chaque soir je ruminais ma haine primordiale, mon innocence gâchée, mon amour trahi. Nuit après nuit je naissais autrement, hérésie humaine, nain par choix.
Avec les jours la colère avait enflé, bourrant les calendriers de croix noires et chacun de mes muscles d'une volonté animale.
Non, l'instinct maternel n'existe pas. Certaines illusions feraient mieux de se perpétuer dans du Sopalin.



Un jour, tu as rempli ton ventre, mon cœur et mes veines, de ce rêve dont je t'ai toujours parlé. Ce fut un jour triste, car d'une certaine manière c'est là, et dans mes yeux, que tu as commencé à repeindre en noir la chambre de tous les enfants.
Lorsque tu as abandonné le nôtre, j'ai cessé de croire en dieu ; en cette vision antalgique des choses.
Grâce à toi, j'ai découvert que mon amour n'était bon qu'à nourrir la poubelle à verre
À l'occasion, quelques feuilles vierges et l'appétit intérieur des filles à problèmes.



À l'époque, je suivais un régime strict : je mangeais gras et buvais beaucoup d'alcool. Je passais mon temps à combler le vide. Et combler le vide par le vide, ça prend du temps.
Du coup, les journées étaient longues, je dormais peu.
Pourtant, je vivais avec la douloureuse sensation que la nuit continuait à s'étendre
En moi malgré l'aurore
Qu'elle s'étirait à balles réelles de mon lobe frontal à mon gros intestin.
Alors, je soulageais la douleur sur les trottoirs ; parce qu'ici l'impression de jour domine.
Parce qu'ici les ruelles comme les hommes, aussi sombres soient-ils, gardent toujours derrière les cils l'impasse et la flaque ; l'eau et l'image du monde tel qu'il est dedans. Parfois, on y devine le soleil.
Les flaques ont ça de tragique : elles partagent le ciel avec des hommes à l'échine courbe.
Et le ciel crie.
Et c'est dur de comprendre que les étoiles sont de simples foutaises.



J'ai rencontré Marie à la jonction d'une étoile et d'un frisson : Toute petite électrocution de l'âme.
Comment s'expliquer que le mélange des astres sous la peau puisse engendrer le désastre, le bas de gamme de l'existence ?
Quelle est la raison supérieure qui pousse un être à abandonner sa propre chair ?
Je n'ai pas de réponses... Et de toute façon, je n'ai pas envie de réfléchir.
Les miroirs s'en chargent.



Elle avait le visage de toutes les mères qui abandonnent leur premier enfant. C'était un visage un peu beau, l'image de presque un ange. Moi, j'avais les vingt centimètres parfaits pour dans sa bouche
Et j'avais oublié aussi, un peu, d'être un ange.
Il n'y avait pas encore d'amour, entre nous je veux dire. Alors, j'ai baisé ses lèvres.
Simplement comme un chien baise des lèvres.



Tout entier pris dans sa nasse, je me suis soumis aux spasmes ; aux réflexes maladifs d'un corps se vidant. Privé d’oxygène je me suis accroché à sa main. Comme le bon chien s'accroche à la main qui le tape.
Ensuite, je suis mort.
Simili mer débordant des carafes, ici le sang bâtard gorge la peau
Déchire le visage
Coule sur mes joues comme tes prunelles autrefois.
Tu sais, j'ai longtemps cru que tu t'appelais Brillante...



Elle est perdue, l'innocence. La saison chérie où les rêves n'étaient pas encore de la viande à pneu ; où mes yeux ne tenaient pas tout entier dans la paume de ta main.
Ici, l'horizon a oublié sa couleur d'origine. Il déambule au bout des routes, comme égaré devant mes cils, ne dessinant à l'infini que des lignes qui se croisent.
Alors je bois. Seul ou accompagné. Je bois.
Entre deux bières je me goinfre de sourires et de grougnettes, j'éponge l'alcool avec des chips et des noix de cajou.
Je me nourris des éclats de cœurs qui remplissent les bols vides
Les mies de pain de tapenade
D'amour
Et de pesticides agricoles.
Les verres se vident, se posent et se remplissent sur la table. Encore et encore.Translucides et puis noirs.Translucides et puis noirs. Translucides et puis noirs dans le cœur. Comme un incessant va-et-vient de corbeaux
Dans mon salon
Sur ma petite nappe en fleur.



De zon gaat onder. Le soleil se couche.



Voici ton ventre. C'est ici que s'écrivent les grandes guerres.
C'est ici que naquirent les scories pour toi, notre enfant et les plus beaux jours qu'il me reste.
Je veux que tu clignes des yeux en lisant ceci !
Je veux que naissent en toi les nausées que tu n'as peut-être jamais eues.
Je veux t’écœurer de l'encre, comme tu m'as écœuré de la mer !

Depuis toi, je suis atteint de ces maladies que les oiseaux n'ont pas.
Je suis atteint de la hargne, je suis atteint du clou
Je suis étreint de tout

Je suis éteint.



Allez lui dire que je ne veux plus mourir ! Qu'un pan dévasté de ma vie, n'est pas ma vie entière.
Allez lui dire que... Non, j'irai moi-même !
Et je viendrai à elle cerné d'espoir, portant mon fils entre les bras
La lumière
Serrée fort contre mon ventre

Jusqu'à l'y faire rentrer.






samedi

La fleur au fusil


Je me demande souvent à quoi pensent les hommes, lorsqu'ils tombent.
Moi, je pense à toi. À hier, aux dernières secondes.
Celles qui séparent le rêveur du défenestré, le ciel du goudron, le battement du trait.
L'amour rend con
La douleur, aveugle.
Alors j'ai renoncé aux couleurs, à l'eau, à toutes ces choses inutiles.

Ne t'en fais pas
Ça sera pire demain.
Il y aura du verre cassé, une grosse gueule de bois et quelques entailles dans ce qu'il me reste de
vie : L'arbre est couché, je ne suis plus aussi fort qu'avant.
Je vieillis, doucement. Je pourris, doucement. Il m'arrive même d'être lâche.

Finalement, tu vois, de ton iris sont tombées les graines qui n'ont jamais fleuri
Les enfants qui ne sont jamais nés
Les hommes qui n'en seront jamais.

Tiens, je te donne mon silence.
Une pousse de rien, immense dans le verbe taire. Une petite marguerite que l'on piétine
Une fleur un peu.
Une fleur beaucoup.
Une fleur contre la tempe.



lundi

Thon-mayonnaise


En ouvrant la dernière boite de thon à la mayonnaise, il décida de s'accorder une tranche supplémentaire de plaisir en tapant aussi dans le paquet de pain-de-mie sans croute, histoire d'agrémenter le repas. La pièce était sans musique.
C'était pas un repas ultra glamour, c'est vrai, mais avec le pain ça devrait tenir jusqu'au soir, se dit-il. Le soir, là c'est pas pareil, y'a le petit qui rentre de l'école. Il faut que ça brille, que ça sourit, qu'il ait du bruit et de la vie, surtout. Alors le soir il épluche six pomme-de-terre parce que le sac en contient 18, il fait des petits tas de pelures sur la table pour remplir l'espace et quand il sent qu'il va chialer il pèle un oignon. C'est bien les oignons. Ça crépite dans la poêle.

La première bouchée de thon à la mayonnaise chimique était toujours un peu dégueulasse. Une boite en contient huit. Après, ça dépend des bouchées bien sûr. Mais à moins de six, tu vomis. C'est une loi de la nature.
En jetant la petite conserve vide dans la poubelle, qui, vu sa gueule, aurait elle-même sa place dans une poubelle plus grande, il se demanda à partir de quel moment on était en droit de considérer qu'une période de merde de la vie, était en fait une vie de merde tout entière ?



mardi

33 centimètres de cicatrices



33 centimètres de cicatrices, 1 centimètre par nuit
Sans toi la vie n’est pas très belle.
C’est ma peau qui s’ouvre, c’est mon corps qui bâille ; pourtant je n’ai pas sommeil.

J’ai perdu l’innocence et un bout de moi
Dans ton ventre
Comme on perd la foi
Et les ratures s’additionnent sur les livres sacrés, ravivant par le trait les blessures anciennes
Césarienne
Certaines douleurs ne s’effacent pas.

Alors, on attend, prostré, le front posé contre le mur
Que les aiguilles s’arrêtent, que l’horloge se taise.
Aujourd’hui
Je saurais te dire combien chaque seconde pèse.

Mais je ne parle plus, les mots sont futiles, ils ne marient dans ma bouche que la salive et la guerre,
le couteau et la chair
Et j’accouche dans le noir d’un enfant difficile
De l’union par le sang de tous les couples adultères.

Donne-moi de quoi haïr. Une caresse, un sourire...
Parle-moi encore
De toutes ces fleurs dont je me moque.




dimanche

Entre la pierre et l'algue



Marie !
...
Le jour s'effondre. Comme c'est triste d'ouvrir les yeux.
Il reste bien quelques lueurs, mais le fond de l'air est gris.

J'ai longtemps cru que les paysages ne s'offraient qu'à la solitude, que la couleur des jonquilles
n'était faite que pour deux yeux ; pas plus.
Dans le mélange des nuances, l'iris toujours tourné vers la lumière, j'avais presque oublié qu'un
frisson n'est pas un frisson
sans sa main posée dessus.
Mais Marie est partie...

J'imagine que le silence est une façon de dire adieu.



Là-bas, il y avait des murs et des hommes, de la pisse plein le béton.
Ça sentait l'asperge, la bière, l'odeur des reins.
Le port de Sète brûlait,
dans un bûcher d'étoiles factices.
Je me rappelle, nous regardions la mer rendre à ses petits hommes l'iode et la carcasse métallique
des bateaux. C'était une nuit de printemps, perdue dans les saisons froides
Et l'obscurité, dans ce qu'elle avait de plus magique, remplissait l'espace entre nos peaux.
Le noir était une distance idéale.

Le long du canal, les devantures croulaient sous les masses invisibles.
Des maisons orphelines à perte de vue, penchantes, titubant dans l'épilepsie des lampadaires.

Alors je t'ai embrassée pour la première fois.

C'était ici, quelque part, entre la pierre et l'algue.




samedi

Yourte-nature (Avec du sucre)









Il y eu ce moment particulier, à flanc de colline,
où rien d'autre n'était nécessaire qu'un trèfle entre les lèvres.

Un improbable insecte grimpait le long de ma jambe.
En tout autre instant, je lui aurais prêté de mauvaises intentions à mon égard.
Je lui aurais accordé ma propre nature...
Seulement là, je comprenais enfin que j'étais simplement sur sa route ; et rien de plus.
Je n'étais sans doute pas le chemin le plus court,
mais il n'en savait rien,
et je crois, d'ailleurs, qu'il s'en foutait royalement.

De très loin, dans le murmure des arbres,
comme une forêt en marche,
j'entendais le vent venir sur moi.

Un papillon vint caresser ma joue
Un nuage couvrit le soleil
Un oiseau m'ignorât.

Le vent aussi.

Je fus traversé. Je n'existais plus.

Je crois qu'en cet instant,
j'ai eu l'immense privilège de faire partie de la vie.



lundi

Une voix


Le texte "Montagnes russes" lu par la poétesse Séverine CASTELANT.
Je n'aurais jamais imaginé que mes mots puissent inspirer tant de poésie...
Bouleversé, je suis.








Plus de textes mis en voix sur Soundcloud :  https://soundcloud.com/une-voix


Le blog de poésie J'écris pas :  http://poesieaccidentelle.blogspot.fr/



Merci pour les frissons

jeudi

Non-lieu



Il n'existe aucun endroit où je me sente entièrement à ma place. Mon propre lit n'est qu'un espace de terreur parmi d'autres, un lieu vaste et étranger où je me réveille en hurlant. Juste un point, à la fois fixe et fuyant, où la vie s'accroche à moi dans le bruit et la transpiration. J'ai parfois l'impression d'y être livré à moi même, en moi même. Comme un enfant oublié dans un système de poupées russes, où la dernière Matriochka s'ouvrirait invariablement sur le néant.

Je n'ai pas de mesures appropriées pour exprimer les distances qui m'ont toujours séparées de l'Autre. Et pourtant, aussi loin que mon regard puisse porter en arrière, je n'ai pas souvenir d'avoir consacré ma misérable existence à autre chose que combler cette infinie solitude.
J'ai retrouvé cette étrangeté, cette part seule de l'Homme, en chaque être que j'ai aimé, en chacun de ses silences involontaires, de ses gestes avortés, de ses regards, fuyants à l'exact opposé de sa propre misère. Alors, j'ai nommé Amour cet endroit de nous (peut-importe lequel) où juste les peaux se rencontraient ; cet endroit de contact entre deux êtres, deux espaces vides et immenses où le reste du temps, chutent un million de planètes.
Consolation dérisoire, ce sont des constellations, qui nous séparent...

Grâce à la nuit, j'ai fini par comprendre que mon impression de solitude n'était en fait que l'expression maladroite du vide dont je suis fait. Du vide dont nous sommes tous fait.
À cette lumière, j'accepte les premiers symptômes d'amour au même titre que ceux de la brûlure. Comme un infime bouleversement dans l'ordre parfait des molécules. Un accident de la vie. Un choc frontal avec Rien. 


 

mardi

L'envergure des étoiles



Revenir à l'enfance brute
La matière usée des choses que je suis
Et ne laisser qu'un sourire
Une évidence
Belle comme un galet

Je voudrais naître dans le bras plié d'une femme
Son regard tendre posé sur moi

Et je m'endormirais
Nourri
Allaité
Comme je le fus, du temps où les choses étaient immense
Du temps où les couleurs portaient un nom



dimanche

Les montagnes russes



Électrocardiogramme plat. Plus rien ne bat. Ce soir j'ai dessiné l'horizon sur un fond noir.
Plus rien ne bat, je t'embrasse du bout des lèvres.
Ma main est un peu gauche dans la tienne, un peu juste, et le vendeur de churros ne nous encule pas. J'ai fait une affaire. 12 pour le prix de 10...
Un peu plus haut, la grande roue roule sur un monde qui n'est pas le mien.
Moi je te roule des pelles. Des pelles qui creusent des tombes. Des seaux entiers de bave.
Et je te gagne des nounours, des Homer Simpson en peluche, des cœurs gros comme le poing.
Point.
L'amour est une drôle de façon de mourir.

Fous moi du rouge partout !
J'en sais rien moi... Mords-moi jusqu'au sang !
Dessine des montagnes avant que la peau ne se ride. Des montagnes rouges, des gouffres rouges, barbouille ma gueule de ce qu'il nous reste.
Crache moi dessus et remonte ta jupe en face du parking, gifle-moi parce que je suis saoul, viens avec moi dans les coins sombres !
Je voudrais te baiser entre deux bagnoles.
Sentir le goût de la terre.
J'en veux sur la paume des mains,
Sur le front
Sur les genoux
Je voudrais parler de tout ça à la poussière.

Juste

À la poussière.



vendredi

Pont de Normandie

à M.


Le Havre, malade, s’accrochait encore un peu aux bras amples de la Seine.
C’était une ville de brumes, une expérience grise.
Sa gueule ouverte, éclaboussée des couleurs sales, toussait des bouts d’asphaltes.
Partout du béton, en pleine chute, s’écroulant en volutes sous un ciel titubant.
Le Havre... ou quand la lumière vomit.

Au bout des fumées, dans la rouillure opaque d’un nuage, comme un sourcil posé à l’œil des
marées, était un pont.
Un pont salvateur, un chemin second, planté, là, dans l’iris de Honfleur.
Et me voici, chétif, pendu à ses épaules gigantesques; étourdi par l’espace vertigineux me séparant
des vagues. En bas, l’océan gonfle et se rétracte, comme un muscle.
Et le vent... le vent puissant, qui bat les nuques, transperce les tissus pour ne toucher qu’un seul
nerf.
J’ai l’échine à vif, les pupilles renversées
Je me noie dans la hauteur.

Dans la masse presque hilare des raisons en partance, comme on fait le silence sous le cri d’un
homme fort, je me suis tu.
Bousculé par le roulis bruyant des pensées vagues, je laissais exploser ma petitesse; cette lâcheté
odorante que je porte comme un pagne, en mon torse.

« Ici, mes jours ont la teinte des premières couleurs de la nuit »

Sourire joli, la couleur du tabac dans le blanc des canines. La douleur s’habille de soi, petit manteau
de chair bleuie vautré dans le gris de Seine-Maritime.
Cela fait six mois maintenant que tu es morte.
Opération à cœur ouvert, la solitude est une maladie.
Et elle crie dans chaque souffle que ma peau est orpheline. La vie est faite de vide.
Mon corps en porte les stigmates, bien au-delà de quelques rides.

Bam-bam... Bam-bam...
Je sens ton pouls en décalé battre le glas dans mon aorte. Tout tremble, palpite jusque sous les
ongles;
J’ai un peu peur.
Papa m’a dit que tous les hommes avaient peur.

Frisson.

« Ici, mes jours ont la teinte des premières couleurs de la nuit »

Alors, j'ai rendu au vide
Sa part de petite chair



mardi

Message personnel



- Allo, Lee ?
- (Charabia)
- Putain... I don't understand...Fuck... J'comprends rien à c'que tu racontes ! Speek slowly, please.
It's Olivier, i'm lost.
- Where are you ??
- Heu... Ben... I'm lost...
- Sabaï Sabaï, Olivier. Long charabia
- Ok. J'ai rien pigé ! Sabaï sabaï, i take a walk, i take a beer and i phone you later. Kiss.


Et merde...


lundi

Sang de chien


Chorégraphie banale des corps saturés d'ombres
J'ai appris à me mettre à quatre pattes pour pleurer.

Il y a encore ton odeur sur mes fringues. Ta présence diffuse ; ton image en relents.
Il m'arrive parfois d'avoir le nez qui saigne. C'est ton parfum qui s'enfonce en moi, s'accroche à mes
narines comme des ongles trop longs
Des échardes barbouillées de verni.
Ton verni rouge.

Celui que rien ne distingue vraiment du sang de chien.


mercredi

Quelque chose à propos de Marie



Comme toujours de grands silences peuplaient la petite pièce où Marie attendait.
Elle attendait que quelqu’un mette un enfant dans son ventre.
Alors elle remplissait le vide et le temps qui passe, avec des cartons de souvenirs inventés et tout un
tas d’images, qu’elle devinait maintenant sans même fermer les yeux.
Elle rêvait d’une grossesse longue de plusieurs années, de la douleur de l’accouchement, de la
naissance d’un petit être

Elle rêvait de son visage dans la grimace du premier souffle

Son visage merveilleux

*

Marie portait des bijoux de cuivre. Des ronds de métal dont elle aimait l’odeur, la couleur et la
façon si particulière de dévorer la peau.
Elle se faisait belle pour des hommes presque morts
Des cannibales, des hommes comme moi.

Et bien-sûr, de ses amours ne naissait jamais rien. Que du vert-de-gris et des rêves oxydés,
de petites cicatrices colorées laissées sur son corps
poussant comme de fausses fleurs
dans les quelques gouttes de sueur abandonnées par les amants.

- « Je vous ai apporté des jonquilles »
Alors Marie donnait sa chair, et ils la prenaient.
Ils la prenaient comme on prend une brouette de terre meuble et piétinable.

Marie donnait sa chair.

Parce que la terre rêve d'une fleur.

*

Amsterdam dans mes bras et des marques à jamais. Les peaux ont l’odeur des tapins, le parfum de
mille hommes. Le musc et la pisse.
Tous les corps dansent entre tes hanches et moi je titube entre un mur et un canal.
J’y ai vu mon reflet allongé dans l’eau, mon visage croupi pendu au bout de mon sexe
Mon visage
Et derrière, dans le courant, la dérive des étoiles.

*

C’est avec le soleil aux tripes que les amoureux meurent. Ils meurent de choses simples
D’amour et de cancer du poumon.
Ils meurent sans rien dire, sur les balcons en toussant. Des fois ils ferment les yeux...
C’est peut-être parce que les étoiles ne savent pas rentrer toute la musique dans une seule phrase.
Mais c’est peut-être autre chose.
Des fois ils rêvent des fois ils crèvent. C’est tout.

*

Dans la chambre d’enfant déjà dévorée par les ombres, les figures assassines répandues sur les murs
ont la forme de ton visage
ont la couleur des gouffres.
Le noir y est profond comme un ventre de mère. Comme ton ventre.
Et tous les soirs l’enfant pleure, se forçant à revenir boire à la source sale de sa propre misère.
Et tous les soirs je meurs, comme meurent les pères
Terrassés
Agenouillés au pied du lit, avec dans les mains un verre d’eau et un mouchoir ridicule.
C’est une mort laide et humiliante, une mort d’impuissance, une mort d’entre deux larmes ;
Pourtant brillantes dans ses yeux.

Si un jour tu venais (et tu aurais raison, car c’est un spectacle à ne pas manquer)
Je t’apprendrai comment on ne colmate pas le vide avec du coton et un peu d’eau
combien l’amour peut être un sentiment proche de l’obstination.
Je t’apprendrai le bisou sur le front.
Et pour ça, juste pour ça

Je t’apprendrai à mourir en gardant les lèvres chaudes.