jeudi

Non-lieu



Il n'existe aucun endroit où je me sente entièrement à ma place. Mon propre lit n'est qu'un espace de terreur parmi d'autres, un lieu vaste et étranger où je me réveille en hurlant. Juste un point, à la fois fixe et fuyant, où la vie s'accroche à moi dans le bruit et la transpiration. J'ai parfois l'impression d'y être livré à moi même, en moi même. Comme un enfant oublié dans un système de poupées russes, où la dernière Matriochka s'ouvrirait invariablement sur le néant.

Je n'ai pas de mesures appropriées pour exprimer les distances qui m'ont toujours séparées de l'Autre. Et pourtant, aussi loin que mon regard puisse porter en arrière, je n'ai pas souvenir d'avoir consacré ma misérable existence à autre chose que combler cette infinie solitude.
J'ai retrouvé cette étrangeté, cette part seule de l'Homme, en chaque être que j'ai aimé, en chacun de ses silences involontaires, de ses gestes avortés, de ses regards, fuyants à l'exact opposé de sa propre misère. Alors, j'ai nommé Amour cet endroit de nous (peut-importe lequel) où juste les peaux se rencontraient ; cet endroit de contact entre deux êtres, deux espaces vides et immenses où le reste du temps, chutent un million de planètes.
Consolation dérisoire, ce sont des constellations, qui nous séparent...

Grâce à la nuit, j'ai fini par comprendre que mon impression de solitude n'était en fait que l'expression maladroite du vide dont je suis fait. Du vide dont nous sommes tous fait.
À cette lumière, j'accepte les premiers symptômes d'amour au même titre que ceux de la brûlure. Comme un infime bouleversement dans l'ordre parfait des molécules. Un accident de la vie. Un choc frontal avec Rien. 


 

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