mercredi

Quelque chose à propos de Marie



Comme toujours de grands silences peuplaient la petite pièce où Marie attendait.
Elle attendait que quelqu’un mette un enfant dans son ventre.
Alors elle remplissait le vide et le temps qui passe, avec des cartons de souvenirs inventés et tout un
tas d’images, qu’elle devinait maintenant sans même fermer les yeux.
Elle rêvait d’une grossesse longue de plusieurs années, de la douleur de l’accouchement, de la
naissance d’un petit être

Elle rêvait de son visage dans la grimace du premier souffle

Son visage merveilleux

*

Marie portait des bijoux de cuivre. Des ronds de métal dont elle aimait l’odeur, la couleur et la
façon si particulière de dévorer la peau.
Elle se faisait belle pour des hommes presque morts
Des cannibales, des hommes comme moi.

Et bien-sûr, de ses amours ne naissait jamais rien. Que du vert-de-gris et des rêves oxydés,
de petites cicatrices colorées laissées sur son corps
poussant comme de fausses fleurs
dans les quelques gouttes de sueur abandonnées par les amants.

- « Je vous ai apporté des jonquilles »
Alors Marie donnait sa chair, et ils la prenaient.
Ils la prenaient comme on prend une brouette de terre meuble et piétinable.

Marie donnait sa chair.

Parce que la terre rêve d'une fleur.

*

Amsterdam dans mes bras et des marques à jamais. Les peaux ont l’odeur des tapins, le parfum de
mille hommes. Le musc et la pisse.
Tous les corps dansent entre tes hanches et moi je titube entre un mur et un canal.
J’y ai vu mon reflet allongé dans l’eau, mon visage croupi pendu au bout de mon sexe
Mon visage
Et derrière, dans le courant, la dérive des étoiles.

*

C’est avec le soleil aux tripes que les amoureux meurent. Ils meurent de choses simples
D’amour et de cancer du poumon.
Ils meurent sans rien dire, sur les balcons en toussant. Des fois ils ferment les yeux...
C’est peut-être parce que les étoiles ne savent pas rentrer toute la musique dans une seule phrase.
Mais c’est peut-être autre chose.
Des fois ils rêvent des fois ils crèvent. C’est tout.

*

Dans la chambre d’enfant déjà dévorée par les ombres, les figures assassines répandues sur les murs
ont la forme de ton visage
ont la couleur des gouffres.
Le noir y est profond comme un ventre de mère. Comme ton ventre.
Et tous les soirs l’enfant pleure, se forçant à revenir boire à la source sale de sa propre misère.
Et tous les soirs je meurs, comme meurent les pères
Terrassés
Agenouillés au pied du lit, avec dans les mains un verre d’eau et un mouchoir ridicule.
C’est une mort laide et humiliante, une mort d’impuissance, une mort d’entre deux larmes ;
Pourtant brillantes dans ses yeux.

Si un jour tu venais (et tu aurais raison, car c’est un spectacle à ne pas manquer)
Je t’apprendrai comment on ne colmate pas le vide avec du coton et un peu d’eau
combien l’amour peut être un sentiment proche de l’obstination.
Je t’apprendrai le bisou sur le front.
Et pour ça, juste pour ça

Je t’apprendrai à mourir en gardant les lèvres chaudes.

4 commentaires:

  1. Un spectacle à ne pas manquer

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  2. C'est fort Olivier, et émouvant

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  3. Magnifique! Les tripes lisent ce texte plus encore que les yeux

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