dimanche

Entre la pierre et l'algue



Marie !
...
Le jour s'effondre. Comme c'est triste d'ouvrir les yeux.
Il reste bien quelques lueurs, mais le fond de l'air est gris.

J'ai longtemps cru que les paysages ne s'offraient qu'à la solitude, que la couleur des jonquilles
n'était faite que pour deux yeux ; pas plus.
Dans le mélange des nuances, l'iris toujours tourné vers la lumière, j'avais presque oublié qu'un
frisson n'est pas un frisson
sans sa main posée dessus.
Mais Marie est partie...

J'imagine que le silence est une façon de dire adieu.



Là-bas, il y avait des murs et des hommes, de la pisse plein le béton.
Ça sentait l'asperge, la bière, l'odeur des reins.
Le port de Sète brûlait,
dans un bûcher d'étoiles factices.
Je me rappelle, nous regardions la mer rendre à ses petits hommes l'iode et la carcasse métallique
des bateaux. C'était une nuit de printemps, perdue dans les saisons froides
Et l'obscurité, dans ce qu'elle avait de plus magique, remplissait l'espace entre nos peaux.
Le noir était une distance idéale.

Le long du canal, les devantures croulaient sous les masses invisibles.
Des maisons orphelines à perte de vue, penchantes, titubant dans l'épilepsie des lampadaires.

Alors je t'ai embrassée pour la première fois.

C'était ici, quelque part, entre la pierre et l'algue.




4 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  2. Pour ma part, j'admire cette élégance, ce talent d'écriture qui se suffit à lui-même et n'a pas besoin d'images, ou plus exactement qui produit ses propres images.

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